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Entre 1680 et 1682, un gigantesque réseau d'adduction d'eau est construit pour alimenter les fontaines, cascades, jets d'eau et bassins du parc du château de Meudon. Au cœur de la forêt de Meudon, les vestiges de ce réseau construit par Louvois sont intacts. Pour cela il a fait appel à l'ingéniosité des hydrauliciens de l'époque qui ont aménagé des rigoles, des étangs-réservoirs, des aqueducs souterrains ou encore un château d'eau pour alimenter les jardins hauts et bas du domaine de Meudon.

 

Le 31 octobre 1679, Michel Le Tellier (1603-1685), marquis de Louvois, ministre de la Guerre de Louis XIV, est séduit par la position de Meudon, proche de Paris, St-Germain-en-Laye et Versailles. Il devient propriétaire de ce grand domaine dont la renaissance avait été amorcée 20 ans plus tôt par Abel Servien, surintendant des Finances.

 

Louvois confie à Le Nôtre la réalisation de jardins à la française, rehaussés par un élément nouveau l’eau verticale qui permet de construire des « monuments liquides ».

La conception des jardins de Meudon est plus proche de celle des jardins de Versailles qu’on ne l’imagine, deux caractéristiques essentielles les rapprochent :

D’abord la grande perspective : l’axe de Versailles est le Grand Canal, celui de Meudon est l’avenue du Château, la Terrasse et le Tapis Vert. Le deuxième point concerne les jets d’eau.

 

Un événement d’ordre technologique a bouleversé les modes d’utilisation de l’eau. Les bassins, cascades et jets d’eau de faibles hauteur depuis l’antiquité ont embelli les jardins. Les conduites d’eau étaient formées d’emmanchements de tuyaux cylindriques en bois, en terre cuite puis en fonte qui ne supportaient pas des pressions élevées.

En 1672, les hauts-fourneaux de Normandie vont, probablement par un gain de quelques degrés de température, obtenir une fonte plus fluide. Il devient alors possible d'obtenir les mêmes tuyaux de fonte cylindriques mais avec une collerette à chaque extrémité, permettant ensuite un assemblage par vis et écrou. La conduite ainsi constituée résiste aux pressions élevées (invention des frères Francini).

Cet élément nouveau fût l’une des composantes essentielles qui fit se répandre dans toute l’Europe le concept des jardins à la Le Nôtre.

Louvois veut à Meudon un Petit Versailles. Il va utiliser les services et les compétences des ingénieurs et des hydrauliciens qui ont réalisé le réseau d’amenée d’eau sous pression à Versailles.

 

Pour cela il fallait assurer l’approvisionnement en eau : eaux de pluie collectées sur les plateaux de Vélizy et Villacoublay, car il n’y a pas de rivières ou de sources (6 km de long d’est en ouest, avec une pente sud-nord sur 4 km).

- 4 réservoirs pour stocker l'eau et assurer l'approvisionnement aux différentes périodes de l'année et en cas de sécheresse : Villacoublay (le Loup Pendu), Vélizy, Les Fonceaux et Le Tronchet.

- 2 réseaux hydrauliques interconnectés pour alimentation continue même en période d'entretien d'une partie du réseau : un réseau aérien (suit les courbes de niveau avec une faible pente) et un réseau dit technique partiellement enterré avec des aqueducs en ligne droite. 50 km de rigoles ont été creusés et 8 aqueducs souterrains construits sur plus de 4,5 km.

Tout ceci est décrit dans l'ouvrage sur les Plans du Château, jardins et conduites de Meudon réalisé par Bourgault et Matis, Arpenteurs du Roi en 1695.

 

A Meudon, il y a 2 ensemble de jardins : les jardins hauts et les jardins bas, situés environ 15 m sous le plateau . Pas de problème pour alimenter les jardins bas en eau sous pression. Mais pour les jardins hauts il faudra construire un château d’eau, alimenté par des pompes mues par 2 moulins à vent.

 

 

Quelques uns des sites remarquables 

 L’étang des Fonceaux (stade Marcel Bec).   Circuit002

 

 

  

 

  

Le Réservoir Neuf    Coupe Réservoir Neuf

La butte se voit de loin, carsituée sur un point haut du plateau. C’est le vestige d’un réservoir carré de 100 m de côté, constitué de 2 murs de pierres meulières parallèles espacés de 30 cm avec argile dans l’espace pour assurer l’étanchéité et butte de terre à l’extérieur pour résister à la pression, et plat-fond en argile. 

 

Les moulins de Villebon moulin ARHYME 

Un système complémentaire est nécessaire pour permettre d’amener l’eau sous pression à une altitude très proche de celle où elle est collectée :

c’est le système hydromécanique composé du Réservoir Neuf, alimenté à partir d’un « château d’eau » en plomb, surélevé de 15 m, dans lequel l’eau de l’étang du Tronchet est élevée par deux moulins à Vents avec un système de pompes à pistons refoulantes.

Ce dispositif est décrit par Dezallier d’Argenville dans la « Théorie et pratique du jardinage » et cité dans l’Encyclopédie de Diderot.

Le défi technique est réussi : réalisation et usinage de cylindres et pistons en bronze, avec tolérance d’ajustement rigoureuse.

 

La Grande Rigole Aqueduc du Croisement Aqueduc du Croisement

ou rigole technique avec le pont restauré vers la Fosse Renault en amont de l’ancien réservoir du Tronchet, puis en remontant la Grand Rigole vers le croisement avec la Petite Rigole : l’aqueduc du croisement (souterrain de 28 m).

 

 

L’aqueduc Grange Dame Rose Circuit006

 


 

 

L’Etang de Villebon alimentait le grand bassin ovale (Vertugadins) avec un jet d’eau de 24 m. La différence de niveau entre les 2 sites est de 40 m.

 

Le mur de l’enceinte de l’ancien domaine de Meudon a été construit sous Louis XVI en 1782-1783, avec les pierres des réservoirs Vieux (presque entier) et du réservoir Neuf (aux ¾)

 

Le Réservoir Vieux servait déjà pour alimenter les bassins à l’époque de Servien : construit sur l’emplacement d’une ancienne briqueterie qui exploitait un gisement d’argile. Il reste une paroi et tuyau en fonte avec joue (inventé par les frères Francini) et boulons de serrage permettant l’alimentation  d’eau sous pression pour les jets d’eau.

 

Le Réservoir du Tronchet   Circuit011

alimenté par l’aqueduc du Tronchet

 

 

 

Les fastes puis l'abandon 

 

Meudon à son apogée : Louvois meurt en 1691, sa veuve cède le domaine au Grand Dauphin en 1694. Louis XIV séjourne à Meudon qui devient pour lui une annexe de Versailles.

 

Le déclin : Après la mort du Grand Dauphin en 1711 puis la mort de Louis XIV en 1715, les jardins et tout le système hydraulique qui demandent un très gros et très coûteux entretien sont progressivement abandonnés.
Sous Louis XV et l’arrivée de la marquise de Pompadour à Meudon, les eaux sont dérivées pour alimenter les bassins de son château de Meudon Bellevue.


Avec Louis XVI, la dégradation continue, le roi fait construire un mur pour clôturer le parc du château en 1780. Ce mur est construit avec les pierres provenant des réservoirs : le réservoir Vieux et le réservoir Neuf.


Après la Révolution, le Château Neuf est mis à disposition de l’armée du Directoire pour expériences. Les jardins sont transformés en champs de tir. En 1795, le Château Vieux est détruit par un incendie, les tuyaux d’arrivée d’eau venaient d’être supprimés.


Sous Louis-Philippe, une étude est faite par MM. De Villeneuve et Séguy montrant l’ampleur de la tâche pour remettre en ordre de marche le réseau. Les terres agricoles ont repris les terrains occupés par le réseau des rigoles.


D’autres essais de réhabilitation sont menés en 1854 sous Napoléon III.


Sous la 3e République, les jardins sont divisés au bénéfices des scientifiques : Le Château Neuf pour l’astronome Jules Jansen, la partie nord du parc pour Marcellin Berthelot (1827-1907), les Jardins Bas pour l’établissement aéronautique dirigé par le Colonel Charles Renard (1847-1905).


Et plus tard : en 1916, l’étang des Fonceaux est affecté à la Défense Nationale pour l’essai de grenades et fusées, en 1925 est réalisé l’aérodrome de Villacoublay  et en 1960 la construction de Meudon la Forêt puis de la N118 .





Les travaux de Restauration

 

Mais la forêt, d’abord domaine royal puis domaine de l’Etat et maintenant forêt domaniale gérée par l’ONF, a gardé presque intacts les éléments du réseau hydraulique qui s’y trouvaient.


Depuis 2003, l’association ARHYME remet en valeur et restaure ces sites pour permettre l’accès et l’information du public sur ce patrimoine remarquable.
Des panneaux d’information de grand format ont été installés par l’ONF en septembre 2009 puis en 2012 devant chacun des principaux vestiges du réseau : au total 20 panneaux.


Une deuxième tranche de travaux a été réalisée en 2011-2012 avec l'aide de la commune de Vélizy pour restaurer 3 ponts sur des rigoles. 

 

L'année 2013 marque les 10 ans de l'association Arhyme avec une exposition au Musée d'art et d'histoire puis à la médiathèque de Meudon-la-Forêt en novembre.


Les travaux se poursuivent :

- l'entretien permanent des chemins de visite et le débroussaillage des sites par l'équipe des débroussailleurs bénévoles de l'ARHYME.

- les projets de restauration, pour le pont de la Mare aux Faisans en particulier.

 

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  • : ARHYME a été créée en 2003 par Jean Ménard pour la sauvegarde du Réseau hydraulique réalisé au XVIIe siècle pour alimenter les bassins et jets d'eau du château de Louvois à Meudon.
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